Je sais que ces derniers temps ne sont pas forcément propices à la lecture pour tout le monde. Que beaucoup manquent de temps, d'envie, ou n'arrivent simplement pas à se concentrer sur plus de trois lignes. Je sais aussi que pour ceux qui ont la possibilité de s'y adonner, la lecture peut aider à calmer l'anxiété, à occuper les nuits d'insomnie ou à s'endormir plus facilement. Du coup, je me suis dit que j'allais tout de même partager mes livres favoris de ce mois de mars.

Dans la mesure du possible, je vous ai glissé des liens vers des versions en ebooks – je recommande pour cela les sites Paris Librairies ou Place des librairies. Je vous invite à ne pas commander les versions papier de ces ouvrages. Contrairement à ce qu'on a pu lire, la lecture n'est pas un bien de première nécessité ; la santé des livreurs et livreuses est plus importante que le plaisir de tenir entre ses mains un quelconque objet. En revanche, si votre librairie a une adresse email, vous pouvez leur passer une commande, que vous récupérerez quand le confinement sera levé.

Sur ce, bonne lecture !

BDs

Le silence des étoiles, de Sanäa K

Il est difficile de ne pas être happé dès les premières pages par les dessins de l'autrice et illustratrice Sanäa K. Dans cette BD bien dodue (mais qui se dévore en une heure si vous la lisez d'une traite), elle raconte l'histoire de son premier chagrin d'amour. Son histoire avec Ismaël, son petit ami, se termine brutalement le jour où il se met à la ghoster, c'est-à-dire à ne plus lui donner signe de vie. C'est un ouvrage que j'ai trouvé très juste, notamment dans la façon qu'il a de décrire les sentiments et la génération à laquelle appartient l'héroïne.

Disponible en e-book à 14,99 euros, sur le site de Paris librairies.

Appelez-moi Nathan, de Catherine Castro et Quentin Zuttion

Appelez-moi Nathan est une BD qui retrace le parcours d'un jeune garçon transgenre. Il est né dans un corps de femme, mais comprend peu à peu que le malaise qu'il ressent est lié au fait qu'il n'en soit finalement pas une. Plus les mois passent, plus le fait qu'on l'appelle par son prénom de naissance ou qu'on le ramène à cette identité féminine lui est insupportable. Inspirée d'une histoire vraie, cette fiction a le mérite de ne pas tomber dans certains travers et clichés. Je me souviens par exemple du film Girl sur une ballerine transgenre, qui avait été beaucoup critiqué à cause d'une surreprésentation un peu malsaine du corps de l'héroïne ; à l'inverse, ce roman graphique fait la part belle aux sentiments, au ressenti du personnage.

Cette BD ne semble malheureusement pas disponible en version dématérialisée.

Romans

Mon année de repos et de détente, d'Ottessa Moshfegh

L'héroïne de ce roman est une jeune femme privilégiée. Elle vit à New York dans un appartement qu'elle paye avec un héritage, elle n'a du coup pas besoin de travailler, elle est jeune, blanche, en bonne santé physique, se décrit comme une femme mince et jolie qui correspond parfaitement aux critères de beauté de la société. Pourtant, elle se sent profondément fatiguée, par tout ce qu'il l'entoure. Pour surmonter cet état, elle est persuadée qu'elle doit hiberner. Elle se décide donc à prendre une flopée de médicaments en tout genre, qui la plongent dans des états seconds, durant un an.

Ottessa Moshfegh signe ici un roman excessivement cynique. Il n'y a pas un seul personnage auquel on a envie de s'attacher ou s'identifier. Tout est triste, glauque, et un peu déprimant. Elle incarne si bien ses personnages que l'on finit par se demander si ce sont ses personnages qui sont détestables, ou s'il s'agit de l'avis de l'autrice, caché derrière le rideau de la fiction. C'est dérangeant, mais en même temps, le roman dans sa globalité est vraiment réussi. Je n'ai pas envie d'en dire plus, mais il y a notamment des passages sur les liens familiaux que j'ai trouvé très touchants.

Disponible en ebook à 14,99 euros sur le site de Place des librairies

Essais

L'inhabitable de Joy Sorman

Il s'agit d'un tout petit ouvrage que j'ai pioché par hasard dans le rayon essais de ma bibliothèque. Dans chaque chapitre, l'autrice décrit un ensemble de logements parisiens délabrés, en mauvais état, dans lesquels les conditions de vie sont diffciles, sinon dangereuses. Plus que les lieux, elle s'intéresse surtout à celles et ceux qui y vivent, tente de comprendre leur attachement à "l'inhabitable" et le refus, pour certains, d'être relogés. Cette enquête a été menée en 2010, mais elle revient sur les lieux cinq ans plus tard, pour voir ce qu'ils sont devenus.

Disponible en ebook à 8,49 euros, sur le site de Paris Librairies

Troubles dans le consentement, d'Alexia Boucherie

Cet essai parle bien évidemment des agressions sexuelles et de viol, mais il ne s'arrête pas là. Son autrice Alexia Boucherie questionne plus largement la question du consentement, implicite (par les gestes par exemple) ou explicite, dans nos relations intimes. Elle se demande quoi faire de ces fois où on n'avait "pas si envie que ça, mais", ou ces date tinder qui se sont finis au lit "juste parce que c'était l'occasion de". C'est un peu difficile à lire, et ce n'est pas forcément l'ouvrage qui vous changera les idées en période de confinement. Je l'inclus malgré tout ici car j'en ai trouvé la lecture très intéressante et enrichissante.

Ce livre ne semble malheureusement pas disponible en version dématérialisée

Les grandes villes n'existent pas, de Cécile Coulon

Mi-essai mi-roman autobiographique, ce livre est une espèce d'ode à l'enfance à la campagne. L'autrice raconte comment elle a grandi loin des grandes villes, et déconstruit les idées reçues à ce sujet. Non, elle n'était pas triste et seule et morte d'ennui. Elle dresse au contraire un portrait nostalgique, souvent poétique de cette époque heureuse, de ces lieux et ces gens qui l'ont faite. J'ai beau avoir grandi en banlieue parisienne, il y a tout un tas de détails qui m'ont fait replonger en enfance. C'était très doux et apaisant – et ça se lit très facilement.

Disponible au format ebook à 4,49 euros sur le site Place des libraires

Un féminisme décolonial, de Françoise Vergès

Dans cet essai, Françoise Vergès nous fait comprendre l'importance d'un féminisme intersectionnel, qui incluerait davantage les femmes racisées et les femmes précaires. Il faut s'accrocher sur la première vingtaine de pages, plus théorique, mais cela vaut le coup. Des exemples concrets permettent de très bien saisir les enjeux du reste du bouquin, et de mieux comprendre les luttes de certaines franges du féminisme. Je l'ai lu juste après la fameuse cérémonie des Césars et cela m'a par exemple aidée à comprendre pourquoi la quasi totalité des femmes qui ont pris la parole ou protesté ce soir-là contre la remise d'un prix à Polanski étaient des femmes noires ou lesbiennes. L'essai amène vraiment à repenser ses privilèges, à comprendre pourquoi les femmes blanches féministes, cis, hétéro et / ou riches ont tendance à moins oser se "mouiller", voire parfois à faire alliance avec des personnes non-féministes.

Disponible en ebook à 6,99 euros sur le site Place des libraires

Livres jeunesse

Comme un million de papillons noirs, de Laura Nsafou et Barbara Brun

Les livres pour enfants sont un peu mon pêché mignon, surtout dans ce genre de période. Comme un million de papillons noirs était dans ma wishlist depuis un moment, et ma libraire me l'avait présenté comme l'un des ouvrages jeunesse qu'elle conseillait le plus d'acheter. Il raconte l'histoire d'Adé, une petite fille noire. Un jour à l'école, ses camarades se moquent de ses cheveux, qui ne sont pas comme les leurs. En rentrant chez elle, Adé demande à sa mère de l'aider à défaire ses nattes, qu'elle n'aime subitement plus. Verdict : c'est un joli livre sur la confiance en soi et l'acceptation, bourré de poésie, et très joliment illustré.

Ce livre ne semble malheureusement pas disponible au format ebook.