Il y a sur YouTube des formats de vidéos que je suis capable de regarder à l'infini. Les "decluttering my wardrobe" qui consistent à mariekondoïser son dressing, les "thrift with me" où des influenceurs nous amènent avec eux en friperie, et les "morning routine". Ces vidéos qui consistent à dévoiler ses habitudes matinales, du réveil au moment où l'on commence à travailler, me fascinent.

J'ai dû en regarder des centaines, simplement pour observer ce que les gens mangeaient le matin, s'ils mettaient le lait avant ou après les céréales, s'ils étaient plutôt sucré ou salé, lait d'amande ou lait de vache, graines de chia ou fluffy pancakes. J'ai scruté leurs exercices de méditation, de yoga, leurs minutes à écrire des phrases inspirantes dans de jolis carnets dédiés, à remplir des to-do list, aérer leur chambre, sortir le chien ou remettre en place leurs dix-huit coussins de lit (les Américain.e.s en raffolent visiblement). Beaucoup m'ont plongée dans la déprime, me faisant réaliser à quel point j'étais molle du genou, et à quel point ma vie avait l'air nulle.

Depuis quelques mois, ma morning routine se compose ainsi : mon réveil sonne, j'appuie sur "rappel". Il re-sonne, re-rappel. Environ 5 fois. Je passe ensuite entre une demie-heure et quarante-cinq minutes à scroller les réseaux sociaux, sans même prêter attention à ce que j'y vois. Quand j'arrive à sortir du lit, c'est pour constater que je suis en retard. Je cours sous la douche, je cours dans la cuisine, j'attrape des gâteaux à avaler en route, je cours dehors, au métro, entre les métros, après les métros. J'arrive essoufflée, stressée dès le matin.

Après avoir vu une énième vidéo dans laquelle une youtubeuse vantait les mérites du yoga matinal, j'ai fini par me demander si ce n'était pas la clé du bonheur. Je me suis laissé sept jours pour méditer là-dessus (au sens propre comme au figuré).

Chacun sa vie, chacun sa morning routine

La première question qui s'est posée, c'est d'abord : que foutre dans ma morning routine ?

Pour Vice, le journaliste Paul Douard avait tenté de copier la routine de Maxime Barbier, surnommé "le startupper le plus connu de France", pendant une semaine. Spoiler : son expérience se concluait en demi-teinte, et il abandonnait l'expérience juste après sa semaine d'essai. A ce jour, il ne l'a pas réitérée.

Personnellement, j'ai décidé de construire ma propre routine, en fonction des choses qui me feraient potentiellement du bien. Partant de (très) loin, elle est relativement simple :

  1. Me réveiller à la première sonnerie de réveil
  2. Ne pas (trop) glander sur mon téléphone
  3. Boire de l'eau (il paraît que ça réveille le corps, tout ça, j'ai dû le lire sur Doctissimo un jour où je cherchais sur Google "pourquoi je n'arrive pas à me réveiller bordel")
  4. Faire un peu de méditation
  5. Un petit peu de yoga ou de pilates (en bon cliché de la bobo parisienne, j'en fais déjà toute l'année, mais clairement pas à ce rythme)
  6. Me laver
  7. M'habiller, même si je reste chez moi
  8. Prendre un thé, un petit déjeuner

Écrit comme ça, je trouvais ça déjà très effrayant, et j'ai eu envie d'annuler mon projet avant même de l'avoir débuté.

Jour (presque) 1

Je devais commencer aujourd’hui. Mais c’est mon premier jour de règles, je suis clouée au lit avec un horrible mal de dos, mon ventre est en vrac malgré les Spasfons. Je n’ai franchement aucune envie de tenter le diable avec un “chien tête en bas” enchaîné à la posture du cobra. Je décide que si on passe sa journée au lit, c'est un peu comme si on ne s'était jamais réveillé, et donc, qu'on n'a pas vraiment besoin de morning routine.

Jour 1

Mon réveil sonne à 8h30. Il m'extirpe d'un énième cauchemar impliquant une sombre histoire de kidnapping et d'hommes louches qui ne me veulent pas que du bien. Je clique sur "rappel" deux fois. Je n'ai le courage de rien, je me laisse entraîner dans les limbes d'Instagram pendant une demie-heure. Je me passionne pour la potentielle deuxième grossesse de Carla, une candidate de télé-réalité.

Quand j'arrive enfin à me lever, je me rends compte que les morning routines que je vois sur YouTube incluent rarement les moments banals du quotidien : aller pisser, faire une gratouille à son chat, faire un bisou à son copain, ou l'inverse, désinfecter une coupe menstruelle à jeun. J'installe mon tapis de yoga dans le seul espace disponible de l'appartement, un mètre entre mon côté du lit et le mur. Il est déjà 9h30.

Je lutte à trouver une séance de méditation gratuite et tentante, ne me sentant pas encore capable d'investir 60 euros par an là-dedans. Pendant 15 minutes, je dois me concentrer sur ma respiration et répéter dans ma tête des phrases positives sur moi-même. Il y en a auxquelles je ne crois pas vraiment, je souris en coin, mais je m’acharne. Je dois visualiser une espèce de source lumineuse en moi, qui emplirait peu à peu toute la pièce. Je ne sais pas si c’est l’effet de ce soleil imaginaire ou le chauffage collectif toujours allumé un 16 avril, mais j’ai chaud.

J'enchaîne avec un cours de "hip-hop yoga" sur Instagram, recommandé par une blogueuse. J'avoue être agréablement surprise. Je ne lutte pas trop, et ça fait du bien.

Je me lave machinalement les dents avant de petit-déjeuner, parce que c'est ce que les youtubeuses font la plupart du temps. Je me rends compte que ça n'a pas vraiment de sens et qu'il vaudrait mieux le faire après. Je termine cette première journée de routine à demi-convaincue. Il est 10h30, et je me demande où est passé mon temps. "Heureusement", je suis au chômage et j'ai un emploi du temps flexible.

Jour 2

Je n'arrive ni à me lever au premier réveil, ni à éviter les réseaux sociaux. J'avais déjà essayé de prendre cette seconde bonne résolution, mais le simple fait de me l'interdire me donne une subite envie d'y retourner. J'imagine, par goût de me défier moi-même. La seule chose qui a à peu près fonctionné est de faire un tri drastique dans mes abonnements Instagram et les pages suivies sur Facebook. J'arrive vite à bout des contenus disponibles, et donc, j'y passe logiquement moins de temps.

Aujourd'hui, je suis moins ambitieuse. Je passe le temps de méditation de 15 à 10 minutes – ça m'évite les fourmis dans les jambes et c'est chouette –, même chose pour le yoga. Et c'est nettement mieux. Mon réveil avait sonné à 8h, je suis sortie du lit à 8h15, et à 8h50, toute ma routine est terminée. Je me sens fière, sereine, je me rends compte que cette coupure entre mes nuits très agitées et le reste de ma journée est plutôt la bienvenue.

Sous la vidéo de yoga que j'ai suivie aujourd'hui, une femme écrit qu'après avoir pratiqué cette petite routine, elle s'est mise à ranger toute sa maison, avec une énergie qu'elle n'avait visiblement pas eue depuis longtemps. Je plussoie : une fois la morning routine achevée, j'ai l'impression d'être capable de déplacer des montagnes – ce jour-là du moins...

Jour 3

Je me réveille épuisée, après un cauchemar dans lequel des cordons de police et médecins terrorisent et violentent la population, à coups de canons à eau et chars militaires. J'ai envie de me cacher sous ma couette et d'y rester jusqu'au 11 mai. J'ai la flemme de tout, l'envie de rien, je suis angoisée. Je me demande s'il faut vraiment faire sa routine le weekend. Mon copain pense que oui.

Je me dis que je me sentirais peut-être mieux après, alors je me force. Je suis blasée, je ne me sens même pas mieux après. Je bâcle, je me fais mal au poignet.

Je me demande si le manque de flexibilité de la morning routine ne va pas me peser. Il y a des jours où l'envie est juste un peu moins forte et où se pousser un peu finit par payer. Il y en a d'autres où ce n'est visiblement pas possible, où cela devient une corvée, où ce qui est censé nous faire du bien se mue en une espèce d'injonction repoussante.

Je ne fais pas forcément partie de ceux qui pensent que les morning routine sont en soit une injonction supplémentaire, un appel à la productivité ou à être "cool" dès le matin. Je pense qu'en les adaptant à ses besoins, ses envies, en s'écoutant, en faisant ce qu'on aime (remplacer le yoga par une danse sur un son de Beyoncé, la méditation par une vidéo YouTube ou le fait d'écrire dans un journal ou autre), elles peuvent apporter quelque chose de simplement positif. Mais ce matin, je ne me suis pas écoutée. J'imagine que je devrais réfléchir à rendre la routine plus flexible.

Jour 4

Le moral va mieux, mais cette fois, c'est la flemme du dimanche qui prend le dessus. On ne sort du lit qu'à 10h, et je me dis que ça n'a pas d'importance. Je prends malgré tout le temps de faire une petite méditation et un cours de pilates un chouïa plus long. Ça me fait du bien, même si j'ai encore mal au poignet.

Jour 5

Lundi. Le réveil est moins difficile, moins de cauchemars. J'ai encore un peu la flemme mais elle est moins pesante. Au cours de la morning routine, j'ai presque envie d'en redemander.

Ma prof de pilates du jour raconte qu'elle a assorti son tapis à ses ongles. Je n'arrive pas à m'empêcher de rire. Je me demande qui a le temps de faire ce genre de choses dans sa vie. Je me rappelle ensuite que je fais partie des gens qui ont le temps de faire une morning routine.

Il y a des matins où j'ai été "dérangée" dans mes exercices par mon chat qui miaulait derrière la porte ou mon copain qui avait oublié que je méditais et ouvrait la porte sans faire exprès. Après réflexion, je me suis rendue compte que je ne voyais que très rarement des morning routine de parents, ou de travailleurs précaires (bien que beaucoup de vidéastes soient précaires, mais je parle ici d'un autre niveau ou mode de précarité, quand on ne travaille pas de chez soi par exemple). Même si elle ne coûte généralement pas d'argent, cette pratique est bien une pratique de gens privilégiés. Elle demande une régularité, donc un emploi du temps à peu près constant et prévisible, du temps, du calme, avoir un minimum d'espace dans son lieu de vie, et surtout, elle demande d'avoir eu l'idée de prendre soin de soi, la possibilité d'en faire une priorité dans sa vie.

Jour 6

Je me réveille naturellement à la première sonnerie. Je ne passe que 5 minutes à scroller mon téléphone. J'avoue ne pas apprécier la séance de yoga du jour, car la prof va trop vite pour moi, et axe la chose sur la perte de poids et le fait de se "dépenser". Je cherche à me détendre et me faire du bien, pas à réfléchir à des histoires de calories brûlées ou à ce à quoi ressemble mon corps. Si la morning routine n'est pas nécessairement une injonction en soi, j'imagine que cela peut donc vite le devenir.

Jour 7

Réveil à la première sonnerie, 15 minutes de scrolling. C'est mon dernier jour. La routine est chouette, mais pour la première fois, je ressens ce dont me parlait Paul Douard : cette sensation de faire les choses de manière un peu automatisée. Je n'en profite pas autant, c'est effectivement plus "robotique". Je me demande si cette impression est vouée à rester, ou si elle ne survient que de temps en temps.

Je me questionne aussi sur la suite. Faut-il poursuivre, après cette semaine d'essai ?

Objectivement, je me sens mieux depuis une semaine. Plus détendue, plus réveillée le matin. J'ai en revanche du mal à estimer à quel point le côté "routinier" de la chose peut me peser. Ce n'est pas que je n'aime pas la routine en général, mais l'idée de l'associer au sport me dérange. Je hais les challenges sportifs qui vous obligent à bouger tous les jours, par exemple. Je persiste à croire que c'est le meilleur moyen pour vous dégoûter de la chose.

Il y a des jours, notamment le weekend, où j'aurais préféré faire une séance plus longue, plutôt que deux petites. Il y a des jours où je n'avais envie de rien, où je ne me sentais pas bien, et où me rouler en boule dans le canapé avec un chocolat chaud m'aurait sans doute fait plus de bien. A l'inverse, il y en a où me "forcer" un peu la main (quand j'avais la flemme mais l'envie) s'est avéré très bénéfique.

Je me rends aussi compte de l'impact de cette routine sur la perception que j'ai de moi-même. Sentir qu'on a accompli quelque chose dès le matin, que l'on a pris le temps de se faire du bien, ça booste forcément l'ego. Je me sens aussi un peu mieux dans mon corps, alors qu'il n'a objectivement pas bougé d'un iota (ce n'était d'ailleurs absolument pas le but recherché). Le simple fait de m'occuper de lui tous les jours m'a aidée à le reconsidérer. Je me rends compte qu'il est capable de certaines choses, de plus de choses que ce que je n'aurais pensé.

Jour 8

Ce matin, j'ai continué ma routine. Je me suis dit que je la garderais en semaine, en l'ajustant selon mes envies du jour. Pour le weekend en revanche, c'est niet. Je m'en fiche de me lever tard le dimanche, de traîner sur Instagram ou petit-déjeuner à midi. D'ailleurs, j'ai découvert que des influenceurs postaient aussi des routines "spécial weekend", que j'ai désormais très envie d'étudier.


Au cas où :

Si jamais l'idée de méditer ou faire du yoga / pilates le matin vous tente, voici ce que j'ai utilisé.

  • L'application Insight Timer, sur laquelle on trouve des méditations guidées courtes et gratuites (d'autres sont payantes, je ne les ai pas testées)
  • Le site MyQee, qui propose des cours de yoga, pilates et quelques méditations (payant, mais avec une période d'essai gratuite de 15 jours qui ne nécessite même pas d'entrer ses codes de carte bleue)
  • Des chaînes YouTube en anglais : Blogilates ou Yoga with Adriene
  • Des cours de hip-hop yoga sur le compte Instagram Humble Warrior
  • Des cours sur Facebook avec Clotilde Yoga Paris

Petit aparté : certains de ces cours ne sont pas adaptés aux débutants, et le yoga et le pilates ont beau être des pratiques douces, on peut s'y faire sacrément mal. Je conseille de suivre d'abord quelques cours avec un ou une prof qui corrige vos postures, avant de pratiquer de manière autonome.

Pour le petit déjeuner, j'ai testé et approuvé cette recette de cake à la banane super facile à faire, et j'y ajoute personnellement moultes pépites de chocolat, car c'est meilleur.